Touchée, bercée

Je ne suis pas comme eux. C'est eux qui me l'ont dit. Pourtant, je leur ressemble, j'ai les mêmes yeux, les mêmes cheveux. J'ai même une bouche et un nez qui ressemble au leur.

Je suis dans la rue. Je marche : je dois aller faire des courses. Le magasin est juste là, avec son enseigne clignotante dans la nuit. Mais la grille se ferme avec son grincement habituel. Cela fait déjà la troisième fois de la journée que je viens à cet instant. Je repars. Tant pis, je mangerai hier.
La rue est vide, il fait noir et l'éclairage public est allumé comme en plein jour. J'avance le nez au ciel en chantonnant à m'arracher les cordes vocales. Je ne hurle pas, je murmure. Un homme se tourne par là bas. Il est étrange, il me regarde d'un air courroucé. Je n'ai rien fait de mal, je chantonne juste. Je me fends d'un large sourire en sa direction, mais il se retourne en secouant la tête.

Je laisse glisser doucement mes doigts le long du mur à ma gauche. Je marque le territoire. Je suis chez moi. Traînées rouges sur le crépi jaunâtre. Ils vont encore se plaindre. C'est joli, pourtant. Je regarde ma chair caresser si doucement ces pics. C'est doux. Je souris, je ferme les yeux.

Je suis fatiguée. Je m'assoie sous la lune, au milieu de la route, juste sur les lignes blanches. De toute manière, les voitures m'aiment bien. Ce sont les seules qui acceptent mes caresses. Ah, en voilà une ! Je me lève, les mains dans les poches, et je lui souris. Ses yeux m'éblouissent mais je ne veux pas la vexer, je garde les miens bien ouverts pour voir sa tendre approche. Je sens son par-choc sur mes genoux, enfin, elle m'accepte.

Dans son étreinte amoureuse, je me suis endormie. Je ne me réveillerai plus.


Petitelfette


# Posted on Tuesday, 14 April 2009 at 1:02 PM

Edited on Friday, 22 May 2009 at 10:57 AM

Dégoutée

C'est pas possiiiible! Dites moi que c'est pas vrai!

Voici un week end sympathique, bien que sous la pluie, qui se passe. Voici que je mitraille plus ou moins, comme à mon habitude, munie de mon arme de tous les jours. Voici que vient l'heure de plier les affaires. Voici que je sors l'animal de la poche de la tente, et que je le pose sur mon tapis de sol.

Mais après? Après, allez savoir, je ne sais pas ce que j'en fait!

Voici que vient le soir, l'heure du départ, puis l'arrivée. Voici que le lendemain, lundi matin, Madame Mère me quémande cette arme précieuse pour la journée. Voici qu'un soudain doute m'envahit, que je saute sur mon sac point encore défait, le vide, et me retrouve bien étonnée de n'en pas sortir la bête noire.


Perdu! Oublié!

Mais où avais-je la tête?

Me reste plus qu'à espérer qu'il fut récupéré, et qu'on me le rendra.

A l'est retrouvéééé! Oublié dans la tente qu'il était, le coquin d'appareil!

Petitelfette
Dégoutée

# Posted on Monday, 27 April 2009 at 8:48 AM

Edited on Monday, 04 May 2009 at 4:13 PM

D'un Amour avorté.

D'un Amour avorté.
Nous étions deux, et nous ne connaissions pas. Nous ne nous connaissons toujours pas.

Le virtuel a cela de magique que l'on peut tout imaginer, tout rêver, y compris l'autre. Donner un visage aux gens en fonction de leurs mots, imaginer leur expression en colère ou tout sourire. Tout a cet aspect un peu irréel que l'on croit palpable. Et puis viennent les photos qui fixent l'image.

On se prend souvent à rêver sur des mots, des paroles échangées. Ah ce que l'on est naïf !

Il était poète, et savait faire danser les mots. J'aimais le lire, alors que je ne saisissais pas toujours tout le sens de ses textes. J'aimais ces danses nocturnes où nous échangions quelques vers, ou nous « donnions vie » à nos conversations.

Nous abusions de la personnification. Chaque chose avait son influence, en particulier les étoiles. Nous nous perdions dans leur chant que nous disions si beau. Leur lumière aveuglante à l'image de l'autre. Ah ces étoiles, nous les avons tant prises pour témoin ! Peut être se sont elles lassées.

J'étais sa compagne d'insomnies. Non, je ne suis pas insomniaque, mais j'aimais avoir ce surnom. Je l'accompagnais dans ses égarements, nous échangions sur tout et rien. Surtout sur rien, tout compte fait.

Puisque tout cela était irréel, je me suis prise à croire en un Amour éternel. Ah, ce que j'ai voulu y croire ! C'était beau, un peu fantastique, un peu aphrodisiaque de tant d'espoirs. Mais, bien entendu... Les espoirs existent peut être pour être anéantis, réduits ou déçus. Ou peut être ai-je seulement trop rêvé ou été trop aveuglée.

Il était beau, il était loin, il avait choisit de ne pas m'aimer.

Je suis celle qui rêvait d'un Amour avorté.


Petitelfette

# Posted on Monday, 04 May 2009 at 4:13 PM

Edited on Friday, 05 June 2009 at 2:38 PM

La Roche sur Yon

La Roche sur Yon
De nuit, La Roche sur Yon est une ville qui donne envie de voyager. Elle est vide, silencieuse, inactive. En totale opposition avec les villes auxquelles je suis habituée depuis, si j'ose dire, ma plus tendre enfance.
Ce
s villes sont, elles, toujours animées. Les rues ne sont jamais totalement vides, silencieuses. Rares sont les troquets fermés à 23h. Ici, il n'était pas encore cette heure la que la ville semblaitjà plus qu'endormie, presque morte.

No
us nous sommes promenés dans le centre ville avec mon père. L'énormité des bâtiments carrés était étouffante. Les seules preuves de vie que nous avons rencontrées sont une discothèque avec quelques jeunes assis devant, fumant leur cigarette un verre à la main. Une discothèque, c'est ce que j'en ai conclu mais à vrai dire ce ne devait pas en être une. La musique s'entendait à peine, et mis à part les lumières dansantes, il n'y avait pas grande activité.
No
us avons aussi croisés, attablées à l'un des rares bars encore ouvert, quelques autres personnes. Un seul troquet était vraiment plein dans cette ville morte.

Enfin bref, elle donne envie de voir du pays, cette ville !

De
jour, La Roche sur Yon paraît nettement plus conviviale. Et au soleil ses bâtiments massifs et sa monumentale statue de Napoléon gagnent en beauté. Mais la « cathédrale » reste aussi étrange. Cette cathédrale, ce sont des cubes imbriqués les uns dans les autres. En apercevant le monument il est plus simple de l'associer à une prison qu'à un timent religieux. Le toit est plat, et elle ne possède aucune arcade ni infrastructure qui puisse rappeler les architectures romane ou gothique habituelles de nos églises. Seule l'inscription figurant sur son fronton et les grands vitraux qui ornent les murs permettent de définir sa fonction.

Les
voitures s'artent systématiquement aux passages cloutés. Et le sourire est de mise, qui plus est !
Et ç
a, j'n'y suis pas habituée!


Petitelfette

# Posted on Tuesday, 30 June 2009 at 10:06 AM

Edited on Friday, 16 October 2009 at 6:40 PM

Torture

Torture
Ecrit au son de Mike Oldfield, le 16.10.2009

Et la musique emplit l'air de son cerveau embrumé. Elle s'en imprègne comme d'une drogue aphrodisiaque. Sourire, il faut sourire. Ignorer que n'est pas loin le couteau prêt à l'égorger, ignorer que ses poignets sont cerclés de chaines glacées, ignorer le froid et sa nudité. L'autre est là, elle le sait, qui contrôle son univers. Un main pour son bonheur, l'autre pour son malheur. Une main pour la musique, l'autre pour les lames. La première a terminé son travail, la seconde attend de le commencer.
Il s'approche, elle entend malgré tout le bruit de ses semelles sur la moquette de mauvaise qualité. Un frisson parcourt sa peau, mélange de froid et de vulnérabilité. Il est à son oreille et murmure quelques mots doux. La lame frôle son dos, froide, sournoise. Elle sent ses muscles se tendre, réactifs, encore. L'autre lui tourne autours, effleure sa peau des doigts, approche ses lèvres à sentir la chaleur de son souffle, fait glisser le métal sans appuyer, encore. Elle n'a pas peur, elle se demande juste quand. Quand va-t-il fouiller sous la peau.
Il est derrière elle, la lame de la touche plus, il embrasse son cou, serre son épaule de sa main, serre et y plante les ongles. Et lentement il descend le long du bras. Ses lèvres assassines esquissent un sourire enjôleur.

"Ne m'aimes-tu pas?"

Elle a tressaillit sous la douleur, garde un visage fermé. Des larmes perlent à ses paupières tandis que lui retire de sous ses ongles le sang de son corps. Il ne la regarde plus, s'éloigne.
La musique, se raccrocher à la musique pour ignorer la douleur, le sang qui coule goûte à goûte, imbibant la moquette. S'emplir de cette musique, douce, pleine, puissante.
Explosion de sons, il est revenu. Ce sont ses joues qu'il embrasse, c'est son ventre qu'il caresse. Le couteau dans son dos se fait mieux sentir. Il ne taille pas encore, presse juste. La main remonte vers les seins, vers le cou. Violence, les ongles s'enfonce de nouveau, mais d'un geste rapide, il a lacéré la base de la gorge. Son visage s'écarte, il appuie de la lame sur la peau de son dos, dessine sans ordre. Le sang coule, elle crie, il sourit. Du dos le voilà sur les hanches. Peintures qu'il étale de ses doigts libres.
Le coeur, il est là, battant, chaud, au creux de ce corps méprisé. Il le lui faut. Il arrache la lame de la cuisse dans laquelle il traçait son oeuvre pour l'enfoncer sous le sein gauche. Son regarde s'enflamme, il la regarde droit dans les yeux. Elle est en pleurs, le visage déformé par la douleur. Il passe la main dans la blessure béante, sent le muscle affolé au bout de ses doigts, le saisi, l'étreint. Au hurlement de la jeune femme, dans un rire halluciné il s'éloigne et disparaît, la laissant ruisseler d'amour et de haine.

La musique tourne, tourne, tandis que la fille halletante laisse retomber sa tête en arrière, offrant au monde les restes de son corps déchiré.


Petitelfette

# Posted on Friday, 16 October 2009 at 6:38 PM