Je suis dans la rue. Je marche : je dois aller faire des courses. Le magasin est juste là, avec son enseigne clignotante dans la nuit. Mais la grille se ferme avec son grincement habituel. Cela fait déjà la troisième fois de la journée que je viens à cet instant. Je repars. Tant pis, je mangerai hier.
La rue est vide, il fait noir et l'éclairage public est allumé comme en plein jour. J'avance le nez au ciel en chantonnant à m'arracher les cordes vocales. Je ne hurle pas, je murmure. Un homme se tourne par là bas. Il est étrange, il me regarde d'un air courroucé. Je n'ai rien fait de mal, je chantonne juste. Je me fends d'un large sourire en sa direction, mais il se retourne en secouant la tête.
Je laisse glisser doucement mes doigts le long du mur à ma gauche. Je marque le territoire. Je suis chez moi. Traînées rouges sur le crépi jaunâtre. Ils vont encore se plaindre. C'est joli, pourtant. Je regarde ma chair caresser si doucement ces pics. C'est doux. Je souris, je ferme les yeux.
Je suis fatiguée. Je m'assoie sous la lune, au milieu de la route, juste sur les lignes blanches. De toute manière, les voitures m'aiment bien. Ce sont les seules qui acceptent mes caresses. Ah, en voilà une ! Je me lève, les mains dans les poches, et je lui souris. Ses yeux m'éblouissent mais je ne veux pas la vexer, je garde les miens bien ouverts pour voir sa tendre approche. Je sens son par-choc sur mes genoux, enfin, elle m'accepte.
Dans son étreinte amoureuse, je me suis endormie. Je ne me réveillerai plus.



